...Puis, Philippe Lelouchier fit son apparition : un drôle de bonhomme, à la fois solennel et farfelu, qui commença son numéro en déchirant lentement, méthodiquement, un journal. Notre âme de journaliste frémissait déjà. Quand le journal ne fut plus qu'une poignée de petits bouts de papier rassemblés au creux de la main de notre "tortionnaire de l'imprimé", celui-ci, en un claquement de doigts, lui restitua sa forme initiale. Ou presque : il manquait un morceau sur la premiere page. Embarras du magicien qui retrouve le carré manquant sur le sol : -"La prochaine, je tacherai de faire mieux ", finit-il par lâcher devant le public médusé. Sa prestation lui valut le Prix du Public - et celui de la Presse, pas rancunière en l'occurrence.
Après la cérémonie de clôture, Philippe Lelouchier, grand gagnant de la soirée, se reposait dans les coulisses vides Etats d'âme d'un magicien après son combat avec la réalité : "Ces Prix, évidemment, me font énormément plaisir. Nous autres, magiciens, sommes rarement reconnus par le grand public et le Festival nous apporte une aura artistique." Comment devient-on magicien, au fait ? "J'ai débuté à 10 ans avec une boîte de jeu de magie. Puis, j'ai fréquenté un club de magie. On a monté de petits spectacles et puis voilà, aujourd'hui, je vis de mon art. Mon numéro actuel s'est imposé tout seul : on travaille une technique qu'on affectionne puis un personnage vient se greffer à la technique et il suffit de le laisser vivre, voilà"...